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 La réponse

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Corry
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MessageSujet: La réponse   Mar 18 Mai - 9:23

37 textes sélectionnés sur 169 ... ... 10 textes primés mais je n'y suis pas
Je vous le livre avec plaisir.
La première phrase était imposée.

''L'objet gisait au milieu du sentier, parfaitement insolite dans ce cadre bucolique...'' Insolite, certes, déstabilisant également et pour le moins étrange...

Cet après-midi là, Hélène redescendait d’un pas tranquille par la « sente de l’Arche », qui passait en contrebas de « La Payrals », petit hameau montagnard dont l’unique route se trouvait au-dessus de ce charmant pont de pierres, aux larges formes arrondies et que tout le monde ici appelait l’Arche avec, dans leurs voix, toujours une certaine fierté.

Elle aimait ce sentier un peu escarpé longeant le ruisseau jusqu’au village, en bas, dans la vallée où elle vivait depuis bientôt dix ans. Sa maisonnette, dont elle avait repeint elle-même les volets au printemps d’une jolie couleur bordeaux, possédait de hautes fenêtres étroites qui s’ouvraient sur la rivière, laissant entrer dans chacune des pièces, le bruit de l’eau et le chant des oiseaux nichés dans les buissons bordant la berge.

Hélène était monté dans les alpages très tôt ce matin par des chemins plus larges, ceux que les brebis empruntaient pour rejoindre les hauts plateaux. Elle portait quelques victuailles au fils de la ferme voisine, comme chaque Dimanche, et lui tenait compagnie quelques heures tout en lui donnant les nouvelles d’en bas. Mine avait mis son enfant au monde la veille, un beau garçon et Frank apprit donc qu’il était à nouveau papa avec un grand sourire.


-« Il est beau, c’est vrai ? Tu l’as vu ? Mine va bien ? » dit-il


Et chaque fois, la jeune femme répondait avec grand plaisir. Il avait été de ceux qui l’avaient adoptée dès son arrivée dans la région.
Il n’avait rien demandé, il l’avait juste accueillie en lui tendant chaleureusement la main, ponctué par un
« bienvenue » d’une douce simplicité, en la regardant droit dans les yeux. Leurs regards s’étaient croisés, chacun lisant dans les yeux de l’autre ce qu’ils voulaient savoir. Il lui avait présenté sa femme, Mine, puis ses parents qui, pour l’aider à s’installer, lui avaient trouvé un travail à la coopérative.

Hélène redescendait donc par son sentier préféré.
Ses pieds butaient parfois sur quelques rochers de surface mis au jour par le ravinement des eaux de pluies et par la fonte des neiges, lorsque le ruisseau sortait de son lit. Elle distinguait au loin le pont au milieu des arbres, l’arche marquait environ la moitié du trajet et elle aimait se reposer quelques instants à l’ombre des grands chênes sur le petit banc de rondins.

Elle s’assit donc en écoutant le chant de l’eau sur les cailloux, aperçut des mésanges jaunes et bleues, jeta comme à son habitude quelques miettes de pain dur, riant des bagarres que ce simple geste nourricier
déclenchait et de leur rapidité à saisir les particules gourmandes. Le soleil tombait doucement sur l’horizon et ses rayons pénétraient peu à peu dans le tunnel, donnant à la jeune femme le petit signal discret du départ, si elle voulait être de retour au village avant la nuit. Elle se leva à contrecœur et reprit le sentier passant sous la route de « La Payrals ».

C’est là qu’elle entrevit, au beau milieu du sentier, une forme étrange dans un rai de lumière, majestueux et brillant sous cet éclairage naturel, grandie encore par son ombre portée sur la paroi de pierres, géante vision, fantôme d’un passé, de son passé. Hélène lâcha son panier d’osier et se précipita, le souffle court et les mains tremblantes, caressa la surface froide et lisse, effleura ses courbes du bout des doigts, lentement, minutieusement, inlassablement, de bas en haut puis de haut en bas. Ses yeux se fermèrent malgré elle sur deux grosses larmes.


Sous ses paupières closes, les images en noir et blanc puis en couleurs défilaient comme un film sur grand écran.

- « Qui a bien pu le poser là ? … et pourquoi ? » murmura-t-elle

Hélène tendit l’oreille avec attention, la peur envahissait son corps mais elle était bien seule sur ce sentier bucolique avec des notes de musique emplissant ses oreilles, secouant ses tympans, … des sons comme
des plaintes, longues et langoureuses, pareilles au vent dans les branches les soirs de tempêtes, au flux et au reflux des vagues qui se brisent sur la plage déserte les soirs à marée haute, aux chants des drisses le long des mâts dans les ports de plaisance.

Ses mains glissaient toujours sur le bois verni, un peu comme un automate, en prenait possession sans vraiment oser se l’avouer, l’envie montait en elle insidieusement, le besoin refaisait surface, le voile se déchirait sans bruit dans le silence de cette fin de journée, même les oiseaux avaient cessé de chanter.

C’est ce silence qui la sortit de sa torpeur.

Une force soudaine la poussa à ouvrir les yeux qu’elle essuya vivement du revers de sa manche. Elle voulait sentir encore une fois, une seule fois, la vibration des cordes sous l’archet, les accords en mineur qui la ravissaient autrefois, cet infime mouvement de bras si particulier, ce bonheur de ne faire plus qu’un avec l’instrument. Elle chercha des yeux un rondin de bois assez haut et assez stable, s’assit aussi confortablement que possible et cala le violoncelle entre ses genoux après avoir planté le piquet, cherchant le meilleur équilibre puis elle posa sa main gauche sur le manche, contact brulant, presque insupportable. Saisissant l’archet de l’autre main, elle frôla doucement les cordes, Do, Sol, , La,
du grave vers l’aigu, comme pour l’Alto, Hélène se rappelait ses premiers cours au conservatoire.

- « Tu te détends, tu tiens ton dos, puis tu enroules ton bras … » lui disait son professeur

- « Tu le prends dans tes bras, avec tendresse, imagine que c’est un enfant que tu câlines … » répétait-il
souvent


L’archet frotta les cordes, à peine audibles, les premières notes s’envolèrent sur le sentier timidement, l’assurance revenait peu à peu, les appuis prenaient leur place, la complainte du violoncelle envahit l’espace dans un chant de douleur profonde. La jeune femme racontait son histoire à sa façon, la meilleure qui soit pour elle, tous les sanglots par un touché sensible et délicat se déversaient dans le lit de la rivière. La nature se faisait silencieuse et discrète, spectatrice et mélomane, en écoutant cette offrande, à notre terre, à la vie, à l’amour, aux chagrins et aux rires.
La lune avait remplacé le soleil dans cette nuit étoilée, cadre superbe d’un concert improvisé. Les 6 suites de Jean-Sébastien Bach résonnèrent, les unes après les autres, entre les monts et se propagèrent jusqu’au fond dans la vallée.

Hélène s’immobilisa sur la dernière note, l’archet suspendu au-dessus des cordes, comme figé dans son élan. La Sonate, leur sonate … mais la première note restait bloquée dans les airs. Ce La mineur restait muet, absent, quand soudain, interrompant le silence, le hululement d’une chouette, curieusement, lui fit
entendre la note, comme un appel, une prière et le bras descendit alors doucement effleurer la première corde.
Ce concerto, ils l’avaient joué ensemble, un certain jour du mois de juin, il y avait dix ans de cela. Jimmy était au piano et la complicité qui les unissait faisait d’eux le couple de musiciens le plus en vogue. Les salles ne désemplissaient pas, les ovations n’en finissaient pas.
Cette sonate, ils l’avaient découverte par hasard, dans une pile de partitions poussiéreuses au fond d’une des salles du conservatoire. Ils en aimaient le chant magnifique de ses accords mineurs, la légèreté romantique des arpèges et la plainte des cordes, immense cri d’amour.

Après des semaines de travail et d’étude, le concerto avait été présenté au grand public pour un unique concert parisien. Tous deux semblaient habités, possédés par ce morceau. Les mélomanes présents ce soir là ne s’y trompèrent pas et leur firent un triomphe. Le rideau de velours retomba sous des applaudissements tonitruants. C’est à ce moment là que Jimmy lui annonça sa décision de la quitter. Il voulait changer d’air, respirer, voir du monde, jouer dans les piano-bars, avoir son public plus près du piano, le classique et les salles de concerts lui donnaient la nausée, il parlait vite, son discours ne laissait paraître aucune faille, aucun doute, il avait réfléchi à tout cela pendant des jours et des nuits sans même qu’elle ne s’en aperçoive, gardant son secret pour, sans doute, ne pas entacher cet unique concert programmé depuis des mois, honorer leur travail jusqu’au dernier moment, lorsque le rideau les mit enfin à l’abri des regards.


La stupeur personnifiée se tenait debout sur la scène dans le corps d’une Hélène pétrifiée. Elle le regarda s’en aller, sans prononcer une seule parole, la gorge serrée, le souffle court, avec ce malaise qui montait en elle, cette nausée, cette blessure. En jouant ce soir sous l’arche de « La Payrals », la jeune femme confiait son histoire à la forêt, le récit d’une carrière interrompue, son désir de quitter la capitale, de fuir tout ce qui la rattachait à ce jour fatidique, son impossibilité de jouer avec un autre pianiste, son refus de reprendre l’archet.

La dernière note de la sonate se prolongea jusqu’à la limite de ses forces. Elle resta là, dans la même position repliée au-dessus de sa table d’harmonie, immobile, quand un léger craquement de branches lui fit
tourner la tête.

Jimmy était là, adossé au tronc d’un gros chêne.

-
« Je suis venu te chercher » dit-il, avec un sanglot dans la voix

Emotion de la retrouver ou de l’avoir entendue jouer avec tant de sensibilité, ce concert bucolique l’avait transporté, lui
aussi, voici dix ans en arrière mais il ne regrettait pas son audace d’avoir déposé le violoncelle sur le sentier, posant à sa façon une question… Hélène venait de lui donner sa réponse.
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kendor
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MessageSujet: Re: La réponse   Mar 18 Mai - 10:04

Ma lecture fut fort plaisante et je vous encourage vivement à récidiver ce genre de challenge. Merci et bravo bravo fleur2 fleur2 fleur2

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Corry
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MessageSujet: Re: La réponse   Mar 18 Mai - 11:29

kendor a écrit:
Ma lecture fut fort plaisante et je vous encourage vivement à récidiver ce genre de challenge. Merci et bravo bravo fleur2 fleur2 fleur2
J'en ai fait six, cet hiver, saine occupation dans les froideurs du temps ... je vous les livrerai au fur et à mesure des résultats ou des dates à respecter.
Merci
Corry
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